Réseau agro-environnemental de Céligny

Une agriculture proche de la nature à Céligny

Par Céline Rochet, biologiste en charge du suivi du réseau.
 
Depuis de nombreuses années, les agriculteurs de la commune s'engagent à préserver la biodiversité par la création de surfaces ou structures favorables à la faune et à la flore, autrement appelées surfaces de promotion de la biodiversité (SPB). Dès le début des années 1990, la préservation des ressources naturelles et la compensation écologique sont définies dans les législations fédérales et cantonales agricoles et sont rémunérées au travers notamment des paiements directs (OPD). Les agriculteurs ont l'obligation de mettre au moins 7 % de leur surface exploitée sous formes de SBP. Ces surfaces peuvent être des prairies extensives, des pâturages extensifs, des jachères florales ou des haies (etc.). Ce sont des milieux semis-naturels ou des structures paysagères qui, par leur nature et/ou le caractère extensif de leur exploitation, sont susceptibles de maintenir et d'augmenter la diversité biologique.
Zone de Texte: Prairies extensives fleuries fauchées après le 15 juin. Cette prairie a été ensemencée à la fleur de foin (espèces locales). Photo 1 C. Rochet)Céligny fait aujourd'hui partie des communes genevoises possédant un des pourcentages les plus élevés de SPB (17 %, 51 ha) par rapport à la  surface agricole exploitée ! Pour aller encore au-delà de ce beau résultat, les agriculteurs ont eu la volonté en 2012 de mettre en place un réseau agro-environnemental (RAE), action soutenue par la commune et le canton. Cet outil a pour objectif la mise en réseau des SPB pour favoriser la dispersion, la migration ainsi que la mobilité des espèces grâce à la création de liaisons entre des milieux isolés. Aujourd'hui, 13 agriculteurs participent à ce projet qui fût le premier réseau genevois à être reconnu officiellement par la Confédération selon la nouvelle politique agricole.
 
Zone de Texte: Microstructure située en plein champ. Une cinquantaine de structures de ce type seront placées à Céligny. Photo 2 C. Rochet.Les membres participant au réseau se sont engagés sur une période de 6 ans à mettre en place des mesures particulières favorables à la biodiversité en contrepartie d'une contribution financière supplémentaire. Citons par exemple le maintien sur pieds de 10 % des prairies extensives à chaque fauche (photo 1) ou encore la création par l'exploitant de microstructures (tas de branches ou tas de pierres) dans les pâturages extensifs (photo 2). La première mesure permettra aux insectes, comme le papillon Demi-deuil, de poursuivre leur cycle de vie dans la zone non fauchée. La seconde sera profitable aux petits mammifères tels que l'hermine et le lièvre pour se déplacer, chasser ou s'y réfugier. Rappelons  qu'une agriculture prenant en compte la biodiversité bénéficie de ses services, comme par exemple l'augmentation des prédateurs des ravageurs des cultures. En outre, les haies sont un refuge apprécié des carabes et de nombreux oiseaux se nourrissant des limaces.
 
Zone de Texte: Nichoir posé en 2013 sur un vieux chêne. Une femelle et un mâle ont été observés à proximité.Zone de Texte: Rougequeue à front blanc mâle.<br />
Photo 3 A. Bossus<br />
À Céligny, l'objectif principal du réseau n'est pas tant d'augmenter la surface de SPB – déjà largement supérieure aux attentes réglementaires – mais plutôt d'améliorer la qualité et la diversité de ces dernières. Pour évaluer les effets de ces mesures sur la biodiversité, plusieurs espèces menacées ou typiques de la région sont suivies, comme par exemple, le Rougequeue à front blanc (photo 3). Ce petit oiseau discret et migrateur passe l'hiver en Afrique mais se reproduit dans nos régions, il était courant en Suisse il y a quelques décennies mais ses populations ont fortement régressées aujourd'hui à cause de la destruction des sols et de l'intensification de leur utilisation. L'espèce est encore bien présente à Genève mais elle est cependant très dépendante des gros chênes ou autres vieux arbres dans lesquelles elle fait son nid et des vergers, pâturages, prairies, parcs, cimetières ou vignobles dans lesquelles elles chassent. En 2013, 15 nichoirs ont été disposés dans la commune de Céligny, et depuis, plusieurs observations ont été faites mais aucune nichée n'a été constatée.
 
Zone de Texte: Verger haute-tige planté à l’automne 2015, anciennes variétés fruitières locales.<br />
Photo 4 M. Varidel<br />
Zone de Texte: Les agriculteurs du RAE ont présenté aux Célignotes les mesures mises en place dans le cadre du réseau le 30 mai 2015. Photo 5 C. Rochet.Il est pour l'instant trop tôt pour estimer l'impact des mesures mises en place dans le cadre du réseau sur la biodiversité. Toutefois, la dynamique initiée se poursuit avec la réalisation d'un beau projet à l'automne 2015 : la plantation d'un verger de 20 arbres fruitiers haute-tige (photo 4). Dans quelques années, ces arbres fourniront des fruits de qualité aux Célignotes et permettront à une multitude d'espèces, comme le Rougequeue à front blanc ou la Huppe fasciée (une autre espèce menacée suivie), de se nourrir et d'y trouver refuge !
Le travail mené depuis 3 ans par les agriculteurs membres du réseau a été exposé aux Célignotes lors d'une demi-journée ensoleillée du mois de mai 2015 organisé par la commune (photo 5). La mise en œuvre du réseau sera poursuivi jusqu'en 2017, année de fin de la première période du RAE. Toutefois, selon le souhait des exploitants et le bilan des expériences réalisées et des objectifs biologiques fixés, une seconde période pourra démarrer, cette fois pour une durée de 8 ans (changement lié à la nouvelle politique agricole 2014-2017).